TEXTES

« Sylvain Polony n’utilise pas de « motifs », même s’il fut un temps, dans les Constellations et dans les Ecritures, où certaines formes circulaires revenaient comme une façon d’ancrer la composition. Son travail, extrêmement construit dans sa structure même, donne la sensation – peut-être illusoire ? – d’un déploiement organique des formes qui doit plus à une logique du vivant qu’à une décision abstraite. (…) Polony ne souhaite pas seulement toucher notre vue : pas seulement, c’est-à-dire que oui, il veut ceci, mais aussi, en même temps, autre chose. Il veut reprendre, et revendiquer, la dimension décorative de la peinture abstraite, mais aussi, sans que cela soit vécu sur le mode de la contradiction, que décor rime avec trouble, comme si notre oeil était l’organe qui innervait notre peau. Donc, si l’on s’approche, on est touché, sans cesse, caressé, parfois, troublé, la plupart du temps, et même dégoûté, quelquefois. On oublie que l’on est face à une surface plane, pour avoir la sensation que ce qui est là, comme une peau, est l’enveloppe extérieure et vivante d’un organisme vivant, et profond. Ici on peut se perdre, mais aussi se rencontrer, comme dans le miroir noir de notre intimité. Polony, qui aime Ingres, sait que la sensualité la plus crue prend parfois pour se manifester l’allure de la froideur la plus grande. Et que l’effet n’en est qu’intensifié. »

Pierre Wat, extrait de « Biais »

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