TEXTES

« Simon Rulquin dit qu’il fait de la peinture. Il n’est pas le lieu ici, de se reposer la question de ce que signifie encore la peinture, mais plutôt de se demander pourquoi avoir recours, pour un artiste, à un tel énoncé. Dire qu’il fait de la peinture est une manière de nommer le geste artistique. Avec réserve ? Plus précisément cela signifie que Simon Rulquin est en mouvement, est toujours en mouvement. Peindre pourrait vouloir dire, être en mouvement et se saisir du mouvement. Alors même que pour la modernité, l’idée de la mesurabilité du mouvement n’a plus de sens, il nous reste cependant – depuis Aristote- le droit de le saisir, de le prendre à pleine main: Hölderlin, dans les Turmgedichte, écrit « Der Mensch darf das nachahmen ». C’est cela être en mouvement, c’est cela vouloir faire une œuvre.

Cependant si Simon Rulquin dit qu’il fait de la peinture, c’est aussi pour rejouer, à partir de la saisie du mouvement, le lieu, à la fois le plus ancien et le plus essentiel de la peinture, celui du geste comme hasard et celui du geste comme étonnement. Simon fait de la peinture pour jouer, infiniment, sur la saisie et le retrait technique de la transformation de ce geste. Alors s’il ne s’agit plus de mesurer, il faut jouer avec ce qui laisse venir et ce qui figure le hasard. Mais le hasard est toujours un geste, qui ne s’abolit pas en lui. Il faut alors en jouer. L’histoire de la peinture – ou l’histoire de ceux qui affirment qu’ils font de la peinture – commence sans doute avec Apelle : penser l’œuvre comme une projection plutôt qu’un projet. Apelle jette de colère une éponge sur la figure qu’il peint du cheval ( Sextus Empiricus, I,12 et Valère Maximus, 8.11. ext.7). Simon Rulquin ne jette plus d’éponge mais il fait couler du plomb dans l’eau, il fait exploser des pétards, il fait couler et déborder la peinture, il enfume.

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  L’œuvre n’a donc pas lieu dans ce qu’elle fixe, mais dans le mouvement qu’elle initie, dans l’étonnement de sa trajectoire (le jet) et dans le simulacre de l’opérativité aléatoire. L’aléa latin est le dé. L’œuvre n’est donc pas autre chose qu’un coup de dé qui ne suspend pas le hasard, mais qui le figure dans l’étonnement que quelque chose soit, là, plutôt que rien ou plutôt qu’autre chose. »

Fabien Vallos, janvier 2013

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